Les utilisateurs SAP rechignent à passer à Rise
Lors de la convention annuelle de l’USF à Lille, le président de l’association des utilisateurs SAP francophones a souligné les défis que rencontrent les clients de l’éditeur allemand dans leur transition vers le cloud. La complexité de comparer les coûts et le retour sur investissement (ROI) entre les solutions cloud et on-premise représente un obstacle majeur.
Le coût reste une préoccupation centrale pour les clients de SAP, en particulier lors de la migration vers le cloud. Au-delà du prix des offres et de leur maintenance, c’est le coût total des projets de migration qui suscite l’inquiétude parmi les entreprises francophones. Bernard Cottinaud, chargé de mission à l’USF, a présenté des données lors de l’événement, révélant que les deux principaux freins à l’adoption de Rise with SAP sont l’incertitude sur les coûts futurs (53 %) et le manque de ROI (41 %).
Malgré cette hésitation, il est difficile d’attribuer ce scepticisme à une méconnaissance des solutions cloud en 2024. En effet, l’enquête de l’USF montre que 40 % des répondants ont au moins examiné la solution, contre seulement 8 % il y a deux ans, et 13 % ont déjà signé un contrat avec SAP.
Olivier Nollent, PDG de SAP France, a annoncé 135 clients utilisant Rise with SAP sur cloud privé et 61 clients utilisant Grow with SAP sur cloud public. Cependant, les inquiétudes concernant les coûts et les bénéfices persistent, comme l’a observé Bernard Cottinaud, qui souligne la difficulté de comparer les deux solutions, car elles ne répondent pas aux mêmes besoins.
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Le manque de recul sur le cloud
Les entreprises ne disposent pas encore du même recul qu’avec les solutions on-premise, une observation faite par Gianmaria Perancin, président de l’USF, lors de l’ouverture de la convention. Ce dernier s’est interrogé sur les différents enjeux que cela soulève, tels que la structure, la technique, l’accompagnement du changement et la formation. Bien que des données datant de deux ans soient citées, il a également mentionné une étude de Veritas Technologies de 2022, qui révélait que 97 % des entreprises francophones avaient dépassé leur budget cloud initial.
Gianmaria Perancin a également rappelé les promesses du cloud, bien que parfois teintées d’ironie. Les avantages tels que la flexibilité, l’accès global aux données, l’accélération de l’innovation et la sécurité des données sont souvent accompagnés de nouveaux risques à prendre en compte.
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La réversibilité des contrats : un enjeu crucial
Parmi les risques, Perancin a souligné la dépendance accrue envers certains fournisseurs et la difficulté de se défaire de relations complexes et coûteuses. Il a insisté sur l’importance de la réversibilité des données et des services, appelant les entreprises à renforcer leur capacité à négocier des contrats tout en se tenant informées des travaux de la Commission européenne sur l’interopérabilité des services cloud. Il a également abordé la question cruciale de la souveraineté des données, en s’interrogeant sur leur stockage, l’accès qui en est fait et la conformité au RGPD.
La pénurie de compétences dans les entreprises, chez les partenaires et même parmi les éditeurs, demeure une préoccupation majeure. Trouver les profils nécessaires pour des déploiements complexes dans un marché IT en tension est un défi. Gianmaria Perancin a rappelé que ces compétences ne se limitent pas aux aspects techniques, mais incluent également des compétences juridiques et en gestion de projets.
Adopter le cloud à son propre rythme
Enfin, la question du temps relatif entre l’éditeur et ses clients reste d’actualité. Alors que SAP souhaite une adoption rapide du cloud, les entreprises privilégient souvent une approche plus progressive. Comme l’a souligné Gianmaria Perancin, les entreprises ont des contraintes opérationnelles et stratégiques qui vont au-delà de la simple migration de leur ERP. Pour le président de l’USF, il est essentiel que le passage au cloud soit un choix conscient plutôt qu’une contrainte.
François Miramont

